Analyses sanguines pour le lupus : tests importants et ce qu’ils révèlent
Si vous vivez avec le lupus érythémateux systémique (LES ou lupus) — ou si un proche en est atteint — vous avez probablement souvent entendu parler des analyses sanguines. Ces examens de laboratoire jouent un rôle essentiel dans l’établissement du diagnostic. Ils permettent également d’évaluer l’activité de la maladie et de détecter d’éventuels problèmes touchant les organes ou le sang. Toutefois, avec le grand nombre de tests et leurs noms parfois complexes, il peut être difficile de s’y retrouver.
Dans cet article, nous vous aiderons à comprendre les analyses sanguines les plus courantes utilisées dans le lupus et ce qu’elles révèlent sur votre santé. Nous expliquerons ce que chaque test recherche et pourquoi votre professionnel de la santé pourrait le prescrire.
Pourquoi les analyses sanguines sont importantes dans le lupus
Le lupus est une maladie auto-immune. Le système immunitaire, qui est normalement chargé de vous protéger, commence à attaquer les parties saines de votre organisme. Les médecins ne savent pas exactement ce qui cause le lupus, mais il pourrait résulter d’une combinaison de facteurs, notamment les gènes, les hormones, certaines infections, certains médicaments et des facteurs environnementaux comme l’exposition au soleil. Ces éléments ne provoquent peut-être pas le lupus à eux seuls, mais ils peuvent déclencher la maladie chez les personnes déjà prédisposées.
Ces attaques peuvent entraîner de la douleur, de l’inflammation et des dommages aux organes, aux articulations et à la peau.
Comme le lupus peut toucher de nombreuses parties du corps, il n’existe pas de test unique permettant de le diagnostiquer. Les médecins utilisent plutôt une combinaison d’analyses de sang et d’urine, d’examens d’imagerie (comme les radiographies ou l’imagerie par résonance magnétique [IRM]), ainsi que les antécédents médicaux et les symptômes de la personne afin d’établir un diagnostic.
Le rôle des tests d’anticorps dans le lupus
Les anticorps sont comparables aux agents de sécurité de votre organisme. Ils repèrent et combattent ce qui ne devrait pas être là, comme les virus et les bactéries. Dans les maladies auto-immunes, ces « agents » deviennent confus. Au lieu de s’attaquer aux véritables menaces, ils attaquent des parties saines du corps, comme les articulations, la peau, les reins ou les cellules sanguines. Ces anticorps défaillants sont appelés autoanticorps.
Autrement dit, si votre système immunitaire est une équipe de sécurité, les autoanticorps sont des agents qui ont perdu leur liste de vérification et qui considèrent tout le monde, même les innocents, comme une menace.
Les médecins utilisent les tests d’anticorps pour rechercher ces autoanticorps dans le sang. La présence de certains autoanticorps peut aider à diagnostiquer le lupus ou à déterminer son niveau d’activité.
Anticorps antinucléaires (AAN)
Le test des anticorps antinucléaires (AAN) est généralement l’un des premiers examens sanguins demandés lorsqu’un lupus est suspecté. Les AAN attaquent le noyau des cellules, qui constitue leur centre de contrôle.
Un résultat positif signifie que ces anticorps sont présents dans le sang. Environ 98 % des personnes atteintes de lupus ont un résultat positif, ce qui en fait l’un des tests les plus sensibles et les plus utiles pour cette maladie. Toutefois, certaines personnes qui n’ont pas le lupus peuvent également obtenir un résultat positif.
Un résultat positif aux AAN est nécessaire pour poser un diagnostic de lupus selon les critères de classification actuels, et il s’agit généralement du premier test prescrit. À l’inverse, un résultat négatif rend le diagnostic de lupus peu probable.
Après avoir prélevé un échantillon sanguin, le laboratoire mesure l’intensité de la réaction des anticorps, appelée titre. Des titres plus élevés sont davantage associés au lupus. Le laboratoire examine également le motif (ou pattern) des AAN au microscope. Certains motifs peuvent orienter vers des autoanticorps particuliers, fournissant ainsi des indices supplémentaires pour guider le diagnostic et le traitement.
Même si le test des AAN est important, il ne représente qu’une pièce du casse-tête. Les médecins interprètent ce résultat en tenant compte des symptômes et des autres analyses.
Anticorps anti-ADN double brin (anti-dsDNA)
Le test des anticorps anti-ADN double brin (anti-dsDNA) recherche des anticorps dirigés contre l’ADN, le matériel qui contient l’information génétique.
Ce test est plus spécifique au lupus que celui des AAN. Ainsi, un résultat positif constitue un indice plus fort en faveur du diagnostic.
Environ 30 % des personnes atteintes de lupus présentent ces anticorps, contre moins de 1 % des personnes en bonne santé. Un résultat positif peut donc contribuer à confirmer le diagnostic, mais un résultat négatif n’exclut pas le lupus.
Le test anti-dsDNA est également important lorsque les médecins soupçonnent une néphrite lupique, c’est-à-dire une inflammation des reins causée par le lupus. Des taux élevés sont souvent observés lors des poussées de lupus, particulièrement lorsque les reins sont touchés.
Anticorps anti-histones
Les histones sont des protéines qui permettent de compacter et d’organiser l’ADN dans les cellules. Les anticorps anti-histones attaquent ces protéines.
Ils sont le plus souvent associés au lupus induit par les médicaments, une forme de lupus causée par certains traitements, notamment certains médicaments contre l’hypertension ou les maladies cardiaques. Heureusement, cette forme de lupus disparaît généralement après l’arrêt du médicament responsable.
Les anticorps anti-histones peuvent également être présents chez les personnes atteintes de LES, mais ils ne sont pas spécifiques au lupus et ne permettent donc pas, à eux seuls, de confirmer le diagnostic.
Anticorps antiphospholipides
Les anticorps antiphospholipides ciblent les phospholipides, des composants graisseux présents dans les cellules. Leur présence augmente la tendance du sang à former des caillots.
Entre 33 % et 50 % des personnes atteintes de lupus possèdent ces anticorps.
Ils augmentent le risque de :
- Caillots sanguins;
- Accidents vasculaires cérébraux (AVC);
- Fausses couches;
- Faible nombre de plaquettes.
Il existe plusieurs types d’anticorps antiphospholipides :
- Anticoagulant lupique;
- Anticorps anticardiolipine;
- Anticorps anti-bêta-2 glycoprotéine I.
Environ la moitié des personnes atteintes de lupus et porteuses d’anticorps antiphospholipides développeront un caillot sanguin au cours de leur vie.
Le syndrome des antiphospholipides, qui touche environ 10 % des personnes atteintes de lupus, est fortement associé à ces anticorps. Cependant, ce syndrome peut survenir avec ou sans lupus. Si vous avez déjà présenté un caillot sanguin ou une perte de grossesse, votre médecin pourrait demander ce test.
Anticorps anti-ribonucléoprotéines (anti-RNP)
Certaines personnes atteintes de lupus produisent des anticorps anti-ribonucléoprotéines (anti-RNP), qui réagissent contre de petites molécules cellulaires appelées ribonucléoprotéines.
Ces molécules participent au traitement de l’information génétique et à la fabrication des protéines.
Dans le lupus, les anticorps anti-RNP peuvent être associés à :
- Des éruptions cutanées;
- Des douleurs musculaires;
- Le phénomène de Raynaud.
Le phénomène de Raynaud survient lorsque les doigts ou les orteils reçoivent moins de sang en raison du froid ou du stress. Ils peuvent devenir blancs ou bleus et provoquer des sensations d’engourdissement ou de picotement.
Un résultat positif n’est toutefois pas spécifique au lupus. Il peut également être observé dans :
- La connectivite mixte;
- La polyarthrite rhumatoïde;
- La sclérodermie.
Le médecin interprétera ce résultat en fonction des symptômes et des autres analyses.
Anticorps anti-Ro/SS-A et anti-La/SS-B
Les anticorps anti-Ro/SS-A et anti-La/SS-B ciblent des protéines situées dans le noyau cellulaire.
Ils sont le plus souvent associés au lupus ainsi qu’à la maladie de Sjögren, une maladie auto-immune qui provoque une sécheresse des yeux et de la bouche, et parfois de l’arthrite.
Les noms « Ro » et « La » proviennent des initiales des premiers patients chez qui ces anticorps ont été identifiés. Les termes « SS-A » et « SS-B » font référence au syndrome de Sjögren.
Les anticorps anti-Ro sont souvent retrouvés chez les personnes qui développent des éruptions cutanées après une exposition au soleil ou qui présentent principalement un lupus cutané.
Ces anticorps sont également importants pendant la grossesse. Si une mère est positive aux anticorps anti-Ro ou anti-La, le bébé peut présenter un risque de lupus néonatal. Celui-ci peut entraîner :
- Une éruption cutanée temporaire;
- Une diminution des cellules sanguines;
- Plus rarement, une atteinte cardiaque grave.
Anticorps anti-Sm (anti-Smith)
Les anticorps anti-Sm (anti-Smith) tirent leur nom d’un patient atteint de lupus nommé Smith, chez qui ils ont été découverts pour la première fois.
Ils sont retrouvés presque exclusivement chez les personnes atteintes de lupus. Toutefois, seulement environ 20 % des personnes atteintes de lupus en présentent.
Moins de 1 % des personnes en bonne santé possèdent ces anticorps, ce qui en fait l’un des marqueurs les plus spécifiques du lupus.
Les anticorps anti-Sm ciblent une protéine liée à l’ADN dans le noyau cellulaire.
Contrairement aux anti-dsDNA, leur concentration ne varie généralement pas lors des poussées de lupus. Ils ne permettent donc pas de suivre l’activité de la maladie. Néanmoins, un résultat positif constitue un argument important en faveur du diagnostic, particulièrement lorsque d’autres résultats sont ambigus.
Test AVISE pour les maladies du tissu conjonctif
Le test AVISE Connective Tissue Disease est un examen sanguin spécialisé qui peut aider à déterminer si une personne est atteinte de lupus ou d’une autre maladie auto-immune, comme :
- La sclérodermie;
- La polyarthrite rhumatoïde;
- La maladie de Sjögren.
Il est souvent utilisé lorsque les symptômes sont peu spécifiques ou que les résultats des autres analyses ne permettent pas de poser un diagnostic clair. Par exemple, si les AAN sont positifs mais que le diagnostic demeure incertain, ce test peut fournir des renseignements supplémentaires.
Le test mesure plusieurs biomarqueurs sanguins simultanément. Parmi eux figurent les produits d’activation du complément liés aux cellules (cell-bound complement activation products).
Des niveaux élevés de certains marqueurs, notamment EC4d ou BC4d, peuvent être associés à un risque accru de complications à long terme du lupus.
À l’heure actuelle, on ne sait pas encore avec certitude si ce test permet de suivre les poussées de la maladie, et il ne prédit pas tous les cas de lupus. Certaines personnes ayant un résultat négatif peuvent tout de même développer un lupus. Toutefois, les personnes dont le résultat est positif ont davantage de chances d’obtenir un diagnostic exact dans les deux années suivantes.
Commentaires